| De temps à autre je réalise que je vis souvent dans
une réalité qui a bien peu de corrélation avec ma
vie actuelle.
Par un beau matin de printemps,
Je suis assis à ma fenêtre à observer les bourgeons
de jacinthes roses et bleus qui s'ouvrent.
Le spectacle est si prenant que je crois regarder un film au ralenti sur
Discovery Channel!
Et pourtant je me sens déprimé et mal à l'aise,
Même si tout se passe bien dans ma vie.
A un autre moment et dans un autre endroit,
Par une piquante soirée d'hiver,
Et sous la pleine lune rayonnante.
Tout va bien en surface,
Mais en-dessous,
comme sous terre,
Je me sens inquiet et perturbé.
Comme si quelque chose d'effroyable allait se passer,
Et cela ne va qu'empirer.
Cette impression de malheur imminent,
Qui n'a rien à voir avec ma vie actuelle.
Comme si les cellules de mon corps se remémoraient quelque chose
d'effroyable que mon esprit rationnel aurait oublié depuis
longtemps.
Quand je suis incapable de trouver un endroit serein,
Un endroit sain,
Je souffre profondément.
Mon état émotionnel, tel des montagnes russes m'a
imposé depuis si longtemps mes humeurs,
Que pour moi, me sentir " mal " me semble normal.
Je ne parviens pas à comprendre que ces tourments sont des comportements
par défaut,
Qui se répètent encore et encore,
tel un message de bienvenue sur mon répondeur téléphonique.
Je comprends vraiment, rationnellement, que cette folie que je sens parfois,
A une influence négative sur les événements et les
relations qui croisent ma vie.
Et pourtant souvent je ne sais pas comment faire pour me sentir autrement.
Je ne vois aucun moyen de changer rationnellement ce profond sentiment
de malheur imminent lorsqu'il explose soudain en moi.
'Je' ne veux pas de tels sentiments délirants.
Mes émotions déchaînées bourgeonnent,
comme si elles suivaient un calendrier que j'ignore.
Mes sentiments ont des saisons qui n'ont aucun sens pour moi.
Même si cela fait des années que je suis déstabilisé
par mes émotions,
Ce n'est que récemment que j'ai commencé à
réaliser clairement,
Que la peur a toujours vécu en moi.
Et influence tellement ce que je fais,
Ce que je pense.
Ce que je ressens.
Comme un fardeau issu de l'enfance qui me dit qu'il va me
botter les fesses si je ne lui donne pas ce qu'il veut,
Et vous le croyez,
Vous lui donnez,
Votre tranquillité d'esprit,
Votre sens de vous-même,
Vos rêves pour votre avenir.
Et pourtant, comme par miracle,
A travers toute cette rage,
Je ne savais pas comment laisser tomber.
Je ne savais pas capituler complètement.
J'ai persévéré dans mes souffrances.
Que de fois j'ai entendu une voix intérieure me dire "Tu
peux me battre, mais tu ne peux jamais posséder mon âme!"
Et, quelque part, le fait de le dire et de le croire,
M'a maintenu en vie.
M'a aidé à lutter.
Et maintenant, lorsque je trouve le courage de tenir le coup,
avec mon sens du désespoir,
Je comprends que la peur est mon invitée,
Et que j'ai le droit et le pouvoir,
De lui dire de se calmer ou de partir.
Quand je suis pleinement présent en ce monde et en moi-même,
Je comprends que la peur peut être une alliée de choix à
ses heures,
Un signal d'avertissement.
Si important qu'il ne faut point noyer le reste de ce que la vie
communique.
Le reste de ce que la vie peut encore offrir.
Récemment, à mon tout grand soulagement,
Je peux dire que j'ai connu des moments, quelques instants, où
J'ai ressenti une impression de profonde quiétude.
Et même si de tels sentiments ne sont pas faits pour durer,
Le goût et l'odeur de ces expériences perdurent.
Le poids et l'équilibre de mes souvenirs basculent.
Je suis assis, paisible,
Je respire profondément,
Et je contemple mon alter ego,
Et je regarde vers le monde.
et je sais que tout est comme il doit l'être.
Je vis sous le charme d'une miséricorde.
Dieu est avec moi depuis le début.
Je sais que j'ai ma place en ce monde.
Que ma peine et ma souffrance sont méritées,
Je suis resté dans la course,
Sans renoncer à ce que je crois.
La sainteté de mon âme.
La sainteté de toute âme.
Il y a peu j'ai réussi à consoler ce petit garçon
apeuré qui vit en moi,
En le convaincant qu'il n'y a rien de vraiment "réel"
dans la peur.
C'est une illusion qui apparaît quand nous sommes séparés,
seuls et aliénés.
La présence de la peur présage l'absence d'amour
et de protection.
Lorsqu'on oublie que Dieu existe.
J'aide mon petit garçon à comprendre que c'est
en étant ensemble,
Que tout se passera bien.
Ensemble, le petit garçon et moi-même, nous parviendrons
à comprendre que nous sommes capables de faire face à toute
éventualité.
Ensemble,
Nous appréhendons sereinement les nombreux défis de la vie.
Ensemble,
Nous sommes curieux de savoir comment nous aborderons la mort.
Ensemble,
Nous sentons notre vrai lien avec Dieu, la Vie et l'Espoir.
Ensemble.
Charlie Badenhop, 2005 |